Maya Abgrall est la directrice, coordinatrice et programmatrice du cinéma l’Horloge, situé à Meximieux (01). Coprésidente du GRAC, elle travaille avec Simon Raveneau et Sylvain Luca ainsi que 70 bénévoles qui assurent environ un tiers des séances, distribuent les programmes, conçoivent ou aident à la mise en place des animations.
« On adore les enfants, c’est le meilleur public ! »

Quel a été votre parcours avant de travailler à l’Horloge ?
J’ai pas mal pratiqué l’animation en centres de loisirs et en colonies de vacances. Ça m’a formée au travail en équipe et à l’improvisation, ça m’a appris à lâcher prise et à avoir en tête l’énergie qu’on renvoie. Je trouve que tous les médiateur·trices cinéma devraient passer le BAFA ! J’ai étudié les arts du spectacle à Lyon, tout en évoluant comme bénévole dans plusieurs associations culturelles et festivals. J’ai également fait différents stages en lien avec l’éducation à l’image. Après une maîtrise de cinéma, j’ai travaillé pour l’association départementale des MJC d’Isère sur un projet danse et sur un projet cinéma, puis j’ai fait une formation d’administration culturelle.
Comment choisissez-vous les films pour enfants ?
Au fil des ans, j’ai formé un groupe jeune public constitué de bénévoles, exclusivement féminines bien qu’il soit ouvert à tous·tes. Nous avons imaginé et créé ensemble plein d’animations et de décorations sympas, on s’amuse beaucoup !
Sur cinq bénévoles, trois sont bibliothécaires jeunesse et quasi toutes sont mamans, ce qui aide aussi. Pour le choix des films, je suis accro aux catalogues des distributeurs jeune public ! (NDLR : les sociétés chargées de la promotion et de la diffusion des films au cinéma.) C’est toujours Témoignage stimulant de découvrir ce qui est pensé et préparé autour des films jeune public. Je leur demande régulièrement des informations car, travaillant avec des bénévoles, j’ai besoin de prendre le temps. Par exemple, pour organiser notre festival du film d’animation en octobre, nous commençons à nous voir dès le mois de mai. Nous regardons des films entre nos réunions ; nous utilisons un document partagé en ligne pour noter nos commentaires et nos idées d’animations. Nous programmons ce que nous avons vu et aimé : plutôt des films d’actualité, mais parfois aussi quelques films plus anciens, voire de patrimoine/matrimoine. Il faut qu’ils soient qualitatifs, la majeure partie sont d’ailleurs classés Art et Essai.
Quels liens avez-vous avec les autres cinémas du territoire ?
L’Horloge est adhérente au GRAC (Groupement Régional d’Actions Cinématographiques) qui réunit 67 salles et 31 écrans mobiles. Les associations territoriales sont très importantes pour les salles indépendantes. Elles nous proposent des visionnements, des journées de formation, d’échanges entre collègues et de rencontres avec les distributeurs. Ces évènements permettent aussi une circulation des informations, des idées, d’outils pédagogiques, etc. Les associations territoriales sont en souffrance en raison du manque de financements. Il faut les mettre en avant, nous en avons tant besoin !

Comment s’organisent les séances scolaires à la carte ?
En début d’année, nous donnons rendez-vous aux enseignant·es d’écoles maternelles et primaires, sur le temps méridien ou en fin de journée. Nous leur montrons les bandes-annonces en salle, puis nous en discutons. Ça crée des liens de se rencontrer. Nous sommes aussi très à l’écoute pour pouvoir les conseiller efficacement. Dès que je vois un film, je me pose la question de le proposer ou non en séance scolaire et j’imagine ce que les enseignant·es pourraient en faire en classe. Nous avons aussi un site magnifique, et surtout très fonctionnel, que beaucoup de collègues m’envient ! L’école rentre ses coordonnées, deux propositions de dates et d’horaires, puis je reçois une notification m’avertissant de la demande. Si nos disponibilités coïncident, je la valide d’un clic. Un mail de confirmation est alors adressé à l’école et la séance s’ajoute automatiquement à notre planning !
Avec combien d’écoles travaillez-vous ?
Environ 35 établissements allant de la maternelle au lycée, ce qui représente quasiment 5 000 élèves, mais ce chiffre est en baisse. Il n’y a malheureusement plus d’inscriptions aux dispositifs Maternelle et École et cinéma dans notre salle depuis plus de 15 ans. J’ai donc dès le début, par deux bénévoles, constitué une programmation scolaire qualitative, avec un accompagnement pédagogique. Au-delà du coût devenu exorbitant des cars et de la baisse des budgets alloués aux projets, les enseignant·es sont fatigué·es et souvent démotivé·es – même si une sortie cinéma reste relativement facile à organiser par rapport à d’autres projets. On sent que la profession d’enseignant·e a été très meurtrie ces dernières années. De plus, je trouve que la concurrence en matière de sorties scolaires a nettement augmenté, avec les parcs animaliers, les planétariums, même les théâtres.

Qu’en est-il des séances avec les centres de loisirs ?
Pour moi, les centres de loisirs sont un peu les parents pauvres des séances scolaires, leurs budgets sont extrêmement bas. Or, tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir des parents ou des grands-parents qui peuvent les emmener au cinéma pendant les vacances. C’est pourquoi on s’efforce de varier les jours pour les animations, tantôt en semaine, tantôt le week-end. Quand c’est possible, on essaie d’accueillir les centres le même jour sur deux séances différentes selon les tranches d’âge, avec une pause pique-nique dans notre super salle d’activités.
Vous proposez de très nombreuses animations pour le public !
On adore les enfants, c’est le meilleur public ; ils·elles sont toujours à fond, alors c’est stimulant ! On teste énormément de choses : des fresques de dessins collectifs, des « cabanes moufle rouge » (NDLR : La Moufle est un célèbre conte, adapté à plusieurs reprises au cinéma, dans lequel des animaux s’abritent du froid hivernal dans une petite moufle égarée), des toises en forme de pomme avec la question « Tu es haut comme combien de pommes ? », ou encore un Cherche et trouve en salle avec Pompon Ours (Little KMBO).
Notre meilleur ami est le copieur couleur ! Par exemple, on a imprimé au format A3 le visage du héros de Ma vie de Courgette (Gebeka Films) qu’on a scotché sur un siège, comme s’il regardait le film avec les enfants : ça les faisait rire en entrant dans la salle.
Nos animations du matin après le film pour les plus petit·es sont gratuites et sans inscription (je sais qu’en tant que parent, devoir toujours tout prévoir à l’avance peut être lassant). Par contre, il faut être souple, car on peut avoir 20 personnes comme 100 ! Il faut penser une animation aux multiples facettes. Avec les années, on a constitué des stocks de coloriages, de feutres, de ciseaux, de papiers divers, de chutes de tissus, de pâte à modeler, etc.
Ainsi que de nombreux ateliers…
Depuis trois ans, sur inscription, nous proposons des ateliers d’éducation à l’image le mercredi après-midi, pour les enfants (à partir de la fin de primaire) et les adolescent·es. Ces ateliers affichent tous complet ! Les jeunes échangent entre elles·eux sur les films, cela permet de travailler leur cinéphilie. Comme les adultes étaient jaloux, on a ajouté des ateliers pour eux le samedi matin, une fois par mois, qui sont également complets. Ce travail de médiation auprès du public paie, les spectateur·trices nous suivent et cela a même provoqué des adhésions de bénévoles.
L’important est de ne pas trop se répéter : quand on a l’impression qu’une animation s’essouffle, il faut varier. Je sens une tendance à la « non-anticipation », les gens veulent se laisser jusqu’au dernier moment pour décider de venir ou pas. Cela complique l’organisation, mais il faut faire avec et imaginer d’autres types de rendez-vous sans inscription.

Présentez-nous le dispositif Ciné Lecture.
L’Office Central de la Coopération à l’École (OCCE) est une association nationale qui a des antennes sur tout le territoire, avec des projets pouvant varier selon les départements. Dans l’Ain, il y a notamment le Ciné Lecture : chaque enseignant·e sélectionne pour sa classe une malle constituée de livres choisis en lien avec un film.
Pendant trois mois, les élèves lisent les livres selon leurs envies et notent au tableau ou sur une affiche des motsclefs et des thèmes qui ressortent de leurs lectures. Les enfants mènent ainsi l’enquête en coopération pour deviner de quel film il s’agit, avant de venir le découvrir au cinéma. Par exemple, si je vous dis « polar / chat / Paris », le film est… Une vie de chat (Gebeka Films).
J’essaie de contribuer au projet en formant les enseignant·es à des pratiques simples d’éducation à l’image, avec des activités faciles à réaliser en classe sans intervenant·e, comme les cartes postales sonores ou la réalisation de films d’animation avec l’application Stop Motion Studio.

Que préférez-vous dans la médiation jeune public ?
J’adore surprendre les enfants et les emmener dans un monde imaginaire ! Je dirais que j’aime tout simplement leurs rires et toutes leurs émotions en général. Elles sont vécues si intensément, d’où l’importance de conseiller les films en fonction de l’âge des petit·es spectateur·trices. À la sortie de la salle, nous mettons à leur disposition des panneaux « couleurs des émotions » pour leur permettre d’exprimer ce qu’ils·elles ont ressenti durant la projection grâce à des gommettes de différentes couleurs. Quand je présente Calamity de Rémi Chayé (Gebeka Films) aux élèves, je les invite à chanter à la fin du film car le générique est super ! Je leur dis la même chose pour Dilili à Paris de Michel Ocelot (Studiocanal). On voit tout de suite quand un film les a vraiment touché·es.
Pour plus d’informations, consultez le site interne du cinéma : https://www.cinehorloge.fr/