Marie Caudry a illustré une trentaine d’albums jeunesse pour des maisons d’édition françaises et étrangères. Elle aime semer dans ses dessins foisonnants des indices qui permettront une lecture sans cesse renouvelée.
Gauthier David est l’auteur d’une quinzaine d’albums et de romans jeunesse. Ensemble, les deux complices ont imaginé plusieurs albums dont Les Lettres de l’ourse et Coco Mocotte (Casterman). L’Ourse et l’Oiseau est leur premier film d’animation.
Marie et Gauthier prolongent également leur univers à travers des spectacles dessinés, des expositions et des ateliers.

Comment avez-vous imaginé cet album à quatre mains ?
M.C : Lors d’un voyage à Madrid, j’ai été marquée par une fresque découverte au musée du Prado*. On y voit une ourse rouge flottant au-dessus d’un demi-cercle. Cette figure m’a longtemps hantée et j’ai réalisé une série de petites peintures mettant en scène ce personnage. Gauthier a eu envie de développer une histoire autour de ce fauve d’une grande douceur et a imaginé cette relation épistolaire retraçant le voyage de l’Ourse, qui souhaite rejoindre son Oiseau.
G.D. : Lorsque nous vivions en Ardèche, nous étions très attentif·ves à notre relation avec les animaux sauvages, que nous croisions souvent en forêt. Les formes des collines, vues depuis les hauteurs, nous évoquaient des corps immenses de bêtes endormies. J’ai d’abord conçu l’intrigue, mais je souhaitais que Marie décide de l’itinéraire de l’Ourse en laissant libre cours à ses envies de dessin. L’écriture des lettres a découlé de ma découverte de ses dessins de paysages merveilleux.


Pourquoi avoir choisi le format épistolaire ?
Il offre une approche très sensible, au plus près des émotions des personnages, car il permet à la fois de s’adresser à une personne chère et de relater de manière personnelle des aventures vécues et ce qu’elles nous ont inspiré. Pour raconter cette amitié forte entre une ourse et un oiseau migrateur, c’était le mode d’écriture idéal.
Le film laisse de côté l’aspect épistolaire des Lettres de l’ourse, même s’il reste évoqué en voix off. Nous avons choisi de creuser la relation entre les deux personnages pour L’Ourse et l’Oiseau et de nous concentrer davantage sur le moment délicat de la séparation pour mettre en valeur cette amitié.
L’esthétique du film rappelle celle de l’album, mais on remarque également des singularités. Quelles ont été vos influences ?
M.C : Mon style graphique a beaucoup évolué durant les dix années qui séparent l’album du film. Par ailleurs, Loïc Gimenez, le chef-animateur, m’a aidée à identifier les caractéristiques essentielles des personnages pour que les animateur·trices puissent s’en emparer tout en conservant leur identité et la nature de mon trait. Mon dessin est sensible et mouvant, plus attaché à l’émotion qu’à des proportions fixes.
Le chat rappelle celui d’Alice au pays des merveilles, c’est une influence assumée. Pour l’univers de la fête de channiversaire, je me suis inspirée des décors du ballet russe. Cette ambiance antique, théâtrale et onirique me tenait à coeur. J’ai aussi pensé à la fête du Grand Meaulnes, qui m’avait profondément marquée adolescente. Nous voulions créer une ode aux grands espaces, où l’humain serait un animal parmi d’autres. Les vastes décors naturels sont un élément essentiel de l’identité du film.

Comment avez-vous développé les personnages pour le film ?
Nous nous sommes inspiré·es de figures qui pourraient composer une famille : un petit castor attaché à l’ordre et aux règles répétées, une blairelle très protectrice et inquiète du monde extérieur, et une renarde comme une grande soeur adolescente, un peu piquante, mais aussi modèle d’émancipation. L’Oiseau possède également ses propres dynamiques, en miroir avec ses deux amis oiseaux, dont l’apparence rappelle celle du castor et de la blairelle. Le lièvre variable est né de notre désir d’offrir un compagnon à l’Ourse, sans prendre la place laissée par l’Oiseau. C’est un ami un peu fou, qui l’accompagne dans les moments difficiles et la fait parfois tourner en bourrique.
Quels sont les thèmes que vous avez voulu mettre en avant ?
Dans L’Ourse et l’Oiseau, la question centrale est celle de la compréhension d’un être que l’on admire et que l’on aime, mais dont la culture et la manière de vivre diffèrent profondément des nôtres. L’animation permet d’accentuer ce contraste : l’Ourse, lourde, sédentaire et peu bavarde malgré sa force immense, et l’Oiseau, léger, volubile et voyageur. Ici, la différence devient un terrain d’attachement et de fascination, plutôt qu’un motif de rejet. Les difficultés naissent davantage de la physiologie des personnages et de la remise en question des habitudes propres à leurs univers. L’aventure dans le monde et la compréhension de l’autre sont au coeur de notre travail.

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