Rencontre avec les créatrices du compte Instagram @fusion_teammaternelle !

Magazine n°12
Découvrez les créatrices du compte Instagram @fusion_teammaternelle ! Ce duo d’enseignantes pas comme les autres nous raconte les particularités de l’enseignement en classe fusionnée et revient sur la place qu’occupe le cinéma dans leur pratique.

Sylvie Daubenfeld est la directrice de l’école maternelle Mont le Comte, située au Havre (en REP+), où Priscilla Coma est également enseignante. Ensemble, elles ont fusionné leurs classes de PS/MS et GS avec leur ATSEM Nathalie Maillard.

« Instagram est une très grande salle des maîtres. »

Comment s’est passée la fusion de vos deux classes ?

Cela faisait plus de dix ans que nous étions collègues dans la même école maternelle et, il y a sept ans, nous avons décidé de travailler en classe multiâges. Priscilla était notre référente pour la petite section et j’étais celle pour la grande section. Nous avons beaucoup travaillé en équipe et développé une pédagogie commune.
Trois ans plus tard, nous nous sommes lancées dans cette fusion avec Nathalie Maillard, notre ATSEM, en créant une salle dédiée au langage, une salle dédiée aux maths et aux sciences ainsi qu’une salle d’arts. Chacune est la référente d’une salle et gère les différents ateliers qui s’y déroulent. Nous changeons de salle chaque semaine afin de suivre les élèves dans tous les domaines.

Coloriage géant du film La petite fanfare de Noël.

Comment travaille-t-on en classe fusionnée ?

Nous avons des temps de classe en multiâges : par exemple, de 8 h 20 à 9 h 30, les élèves circulent entre les salles et choisissent l’atelier sur lequel ils·elles souhaitent travailler. Puis nous avons un temps « situation-problème » avec les GS, tandis que les PS/MS sont en atelier langage. Les PS se retrouvent seul·es en salle de jeux, alors que les MS et GS y sont ensemble tout comme à la récréation.
Nous avons également des regroupements « langage » pour répartir les élèves en fonction de leur niveau de langage. L’après-midi, pendant la sieste des PS, les MS et GS sont séparé·es pour travailler la phonologie et la préparation à l’écriture. Nous nous rejoignons ensuite pendant une heure autour des ateliers d’arts visuels. Cela semble compliqué sur le papier, mais les élèves s’adaptent très vite ! Ils·Elles savent qu’ils·elles ont deux maîtresses et une ATSEM.

Salle de classe dédiée au langage.

Depuis combien de temps partagez-vous vos pratiques sur les réseaux ? 

Quand nous avons réalisé la fusion, en juillet 2021, nous avons décidé de faire découvrir cette aventure via un compte Instagram : @fusion_teammaternelle. À cette époque, la fusion de deux classes était très expérimentale et nous avions vraiment envie de partager nos tâtonnements. Nous avons été approchées par plusieurs enseignant·es qui souhaitaient développer la fusion dans leur école. Comme nous y avons pris goût, nous avons continué. Les échanges sont riches et formateurs, ils nous poussent à nous remettre en question et à aller plus loin. Instagram est une très grande salle des maîtres !

Quelles sont les thématiques qui intéressent le plus vos abonné·es ?

Très clairement, c’est tout notre travail sur la gym des doigts et la préparation à l’écriture qui suscite le plus d’intérêt. Il y avait un manque dans ce domaine. De notre côté, nous nous étions formées auprès de plusieurs graphopédagogues telles que Célia Cheynel ou Laura Lefebvre et nous avions tous les livres de Laurence Pierson. Nous avons donc créé nos propres cartes gym des doigts, qui n’existaient nulle part ailleurs. Elles sont aujourd’hui utilisées dans de nombreuses classes.
Nous étions également précurseures pour la classe dehors et avons eu énormément de demandes, mais cette pratique s’est démocratisée depuis et beaucoup d’enseignant·es l’ont adoptée. Autre outil pédagogique qui nous caractérise : nos frises de progression. Nous les avons développées dans de multiples domaines, comme les maths, la phonologie, la préparation à l’écriture, le découpage ainsi que pour les SmartGames. Nos pas-à-pas autour des arts visuels rencontrent également un grand succès.

Quels conseils donneriez-vous à des enseignant·es de maternelle qui débutent ?

Les débuts en classe sont toujours difficiles. La priorité, c’est la gestion du groupe : il faut prendre son temps, mettre en place des règles et s’y tenir. L’idéal est de travailler dans un premier temps avec des groupes qui tournent. Lorsque l’on est plus à l’aise, on peut intégrer doucement les ateliers autonomes et demander un travail plus différencié, mais cela prend du temps. Aujourd’hui, dans tous les domaines, de nombreuses démarches pédagogiques, quasi clefs en main, sont disponibles. Il ne faut pas hésiter à s’en saisir !

Quelle place occupe le cinéma dans votre pratique ? 

Nous allons au cinéma une ou deux fois par an. Cette sortie peut introduire un projet, comme ce fut le cas avec Au fil de l’eau (Little KMBO) – qui a amorcé tout un travail sur le cycle de l’eau et a débouché sur la mise en place de gestes écologiques – ou en être la conclusion. Nos élèves fréquentent peu les salles de cinéma, souvent ils·elles voient leur premier film grâce à l’école. Il nous paraît essentiel de leur faire découvrir ces lieux culturels.
Au Havre, le Sirius est un cinéma Art et Essai très prisé des enseignant·es, qui échangent directement avec Madame Fleury (en charge des scolaires) autour de la programmation proposée. Il est également possible de choisir un film et de demander au cinéma une date pour venir le voir. Tout est envisageable si on s’y prend suffisamment à l’avance.

Séance de « classe dehors » en forêt, près de Caucriauville.

Comment choisissez-vous les films ?

En fonction des thèmes que nous aborderons dans l’année. Par exemple, Le Noël de Petit Lièvre Brun (Little KMBO) pour l’hiver, le froid, les animaux de la forêt, L’incroyable Noël de Shaun le mouton ou Les Contes de la ferme (Little KMBO) pour les animaux de la ferme.
Nous aimons leur proposer des programmes de courts métrages pour leur permettre de découvrir différentes techniques d’animation. Nous avons également à coeur de leur montrer des films sans dialogues afin de leur faire prendre conscience qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir des paroles pour comprendre une histoire. Il est important pour nous de pouvoir tisser des liens avec ce que nous faisons en classe, pour que cela ait du sens pour nos élèves et qu’il leur soit plus facile de comprendre pourquoi nous allons au cinéma.

Comment préparez-vous vos élèves à ces sorties ?

Avant chaque séance, nous leur expliquons concrètement comment va se dérouler la sortie : l’utilisation du tramway pour se déplacer, l’importance de rester avec l’adulte référent, etc. Nous revoyons par ailleurs ensemble les points importants : qu’est-ce qu’un cinéma ? Comment doit-on se tenir ? Ce sont surtout nos GS qui, grâce à leur expérience, répondent à ces questions et aiment raconter aux plus jeunes les films qui les ont marqué·es. Nous leur montrons ensuite l’affiche pour émettre des hypothèses sur ce que le film va raconter, en nous appuyant aussi sur le titre. Nous essayons de les tenir en haleine afin qu’ils·elles soient curieux·ses et impatient·es de découvrir l’histoire.

Arts visuels : instruments en papier découpé.

Quelles sont les réactions durant les projections ?

Les séances se passent toujours de manière sereine. Les premières fois, nous avions peur que les plus petit·es veuillent aller aux toilettes, qu’ils·elles soient effrayé·es par le volume sonore ou la grandeur de l’écran, mais finalement ils·elles sont toujours ravi·es ! La salle est parfaitement silencieuse et les enfants se plongent dans l’histoire.
Les élèves sont aussi très réceptif·ves à l’humour. Ils·elles ont trouvé très drôles les mimiques des personnages de Shaun le mouton : La ferme en folie (Little KMBO) ou lorsque Shaun dessine des schémas pour expliquer ses plans. Le rire est très communicatif !
Cependant, il y a une réalité dans notre quartier : le manque de sommeil et l’absence de rythme régulier. Ainsi, nous avons souvent un·e élève ou deux qui s’endorment en pleine séance.

Comment revenez-vous sur les films en classe ?

Dans un premier temps, nous interrogeons les élèves à la sortie du cinéma pour savoir s’ils·elles ont aimé le film. Nous réitérons la question en classe, puis nous demandons quel est leur film favori parmi les courts métrages présentés et pour quelle raison.
Nous proposons aux MS et GS de dessiner leur passage préféré, puis de l’expliquer en dictée à l’adulte. Avec les GS, nous tentons de réaliser un résumé du film principal du programme, que nous collons à côté de l’affiche sur une fenêtre afin de le partager avec les familles.

Retrouvez les outils et les conseils de @fusion_teammaternelle !

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