TÉMOIGNAGES

Entretien avec Servane Joucla et Pierre Girard du cinéma Arvor à Rennes (35)

Magazine n°13
Cinéma Art et Essai historique de Rennes, l'Arvor propose depuis 50 ans une programmation exigeante et diversifiée.

Composée de bénévoles et de salarié·es, l’équipe défend une vision chaleureuse d’un cinéma ouvert sur le monde et propose à tous les publics des films d’aujourd’hui comme d’hier.

Servane Joucla, responsable de la programmation jeune public, et Pierre Girard, responsable des publics scolaires, au cinéma Arvor à Rennes (35).

Présentez-nous vos parcours et vos missions respectives.

S.J. : J’ai d’abord été une spectatrice assidue de l’Arvor avant de devenir bénévole, puis salariée. Mon parcours est assez varié, mais les différentes professions que j’ai exercées ont toujours été en lien avec l’enfance : éducatrice spécialisée et créatrice textile de vêtements pour enfants. Je suis aujourd’hui responsable de la programmation jeune public et ma mission concerne principalement la mise en place de différents rendez-vous. Je suis de près l’actualité du cinéma jeune public (sorties nationales avec l’équipe de Cinédiffusion, projets en cours) et je fais des sélections de films par thème ou par motif.

P.G. : Après des études en arts du spectacle, j’ai travaillé cinq ans à l’association d’éducation à l’image CinéJeunes. En parallèle, j’étais bénévole à l’Arvor et je suis devenu salarié lorsque le cinéma et l’équipe se sont agrandis. J’ai d’abord été agent d’accueil, puis de nouvelles missions se sont ajoutées à mes heures de billetterie au fil des années et je suis devenu responsable des publics scolaires. Depuis quelques mois, je m’occupe également de certains aspects de la communication comme le programme imprimé ou les visuels pour nos séances évènements.

Atelier masque d’oiseau autour du film L’Ourse et l’Oiseau.

Le cinéma s’est agrandi en 2021, qu’est-ce que cela a changé dans votre travail ?

S.J. : En déménageant à la gare, de nouveaux besoins se sont dessinés et on nous a proposé des temps de polyvalence à côté de la billetterie. Les cinq salles offrent une place plus importante et diversifiée à la programmation jeune public. Une partie des fidèles spectateur·trices a suivi, mais un nouveau public a aussi vu le jour, plus jeune et plus hétéroclite. Tenir compte de la qualité des films et de l’âge des enfants me paraît essentiel pour proposer une programmation adaptée, riche, variée et accessible à tous·tes.

P.G. : Il est désormais possible d’accueillir de nombreux établissements scolaires sur une même matinée, ce qui permet une certaine souplesse dans les réservations, notamment quant aux horaires d’arrivée ou à la privatisation d’une salle pour une seule école. Néanmoins, sur certaines matinées bien remplies, il faut être vigilant·es durant l’arrivée des groupes pour éviter que des élèves de primaires se retrouvent dans la salle des lycéen·nes et vice versa !

En quoi consistent vos séances Minicinex ?

S.J. : Pendant les vacances scolaires, nous proposons aux 3/6 ans une sélection de films d’animation regroupés par thème, technique ou réalisateur·trice, pour rêver, découvrir, construire, jouer et développer son imaginaire. En partenariat avec la librairie La Courte Échelle, nous organisons des lectures, nous offrons des cadeaux (goodies, images, badges faits maison, etc.) et faisons gagner des places de cinéma.

Il y a quelques mois, les Ateliers de Grou Grou (notre mascotte jeune public) ont vu le jour : ce sont des ateliers créatifs pour poursuivre la séance et créer du lien entre la famille et la salle. Pour les vacances d’hiver par exemple, le thème de Minicinex était « Petit·es héros et héroïnes », alors Grou Grou s’est déguisé en Super Grou Grou ! Nous distribuons un cahier de cinéma dans lequel les enfants collent leur ticket, dessinent ou racontent les films. Ils·Elles peuvent nous envoyer leurs dessins par mail et nous les exposons ensuite dans le hall.

Les cahiers de cinéma distribués aux enfants lors des séances Minicinex.

Quels autres évènements proposez-vous au jeune public ?

S.J. : Le ciné-club mensuel Cinévorax permet de transmettre et de faire vivre la passion du cinéma aux spectateur·trices de 7 à 107 ans en leur faisant découvrir des films de répertoire. Les séances CinéJeunes, à destination des enfants de 7/8 ans, sont suivies d’un atelier d’analyse de film pour leur apprendre à lire les images. Nous proposons également le Cinékids chaque dimanche matin, le Cycle Estival Jeunesse durant l’été, ainsi que des journées spéciales comme Halloween ou Noël.

Nous pouvons aussi être sollicité·es par des associations afin d’imaginer des Ciné-Rencontres. Par exemple, récemment, nous avons organisé une séance inclusive du Secret des mésanges (Gebeka Films) avec les associations Le Cinéma Parle et l’ANPEA (Association Nationale des Parents d’Enfants Aveugles). La projection était suivie d’un atelier intitulé Et si vous veniez découvrir le cinéma avec vos « yeux du dedans » ? pour sensibiliser le public à ce sujet et présenter le travail d’audiodescription.

Vous accueillez également le festival national du film d’animation organisé par l’AFCA, racontez-nous.

C’est un véritable succès, tous les étudiant·es et les professionnel·les de l’animation viennent à Rennes pour l’occasion ! Le festival permet de découvrir toute la richesse des métiers du cinéma d’animation, des décorateur·trices couleur aux créateur·trices de décors ou de marionnettes. Cet évènement donne un coup de projecteur sur les films d’animation, dont l’extraordinaire créativité et la grande variété sont parfois éclipsées par les mastodontes du secteur, tels que Disney, DreamWorks et le Studio Ghibli. Nous sommes très heureux·ses de les accueillir !

Diaporama créé pour les séances École et cinéma du film Ma vie de Courgette.

Comment se déroulent les séances scolaires à l’Arvor ?

P.G. : Cette année, 37 établissements sont inscrits aux différents dispositifs régionaux d’éducation à l’image, ce qui représente 3 600 élèves allant de la maternelle au lycée. Pour les séances Ma classe au cinéma, je crée, pour chaque film, un diaporama qui défile en salle avant la projection. Les visuels offrent aux élèves une grille de lecture : contexte historique, points d’analyse, informations sur la création du film. Une présentation orale est souvent prévue en complément, mais par manque de temps, il est malheureusement rare de pouvoir débriefer avec les élèves à l’issue de la projection.

En parallèle, nous organisons 150 à 200 séances « à la demande » par année scolaire, pour environ 10 000 jeunes spectateur·trices. N’importe quel établissement peut venir voir le film de son choix, qu’il soit d’actualité ou de répertoire. Nous proposons également dans l’onglet « Scolaires » de notre site internet une sélection de films récents pour guider les enseignant·es. Nous sommes aussi force de proposition lorsqu’on nous demande conseil pour trouver un film en lien avec un projet pédagogique ou un thème spécifique – comme la nature, l’écologie, le harcèlement, les droits civiques – ou encore un film dans une langue en particulier.

Atelier création d’affiche autour du film Le Grand Méchant Renard.

Qu’est-ce qui vous semble essentiel dans la médiation avec le jeune public ?

S.J. : Depuis trois ans, nous développons nos propres rendez-vous, désormais bien identifiés par le public. Le projet est de fidéliser les parents comme les enfants, en favorisant un éveil culturel et artistique. Notre ambition est d’amener les jeunes spectateur·trices à vivre la salle comme un lieu de découverte du cinéma dans toute sa richesse et sa diversité, comme un lieu de partage et de rencontres, afin que le jeune public d’aujourd’hui devienne, in fine, notre public de demain. Ainsi, en accompagnant les premières expériences de cinéma et de cinéphilie, l’Arvor consolide sa position incontournable en matière d’ouverture culturelle.

P.G. : Je pense qu’il est primordial d’inciter le jeune public à venir en salle le plus tôt possible, que ce soit avec l’école ou en famille. C’est notre rôle de faire en sorte que la sortie au cinéma soit un souvenir unique pour les jeunes, qu’ils·elles prennent conscience de la force que peut avoir le grand écran et de l’importance de l’expérience collective en salle. Certains enfants n’ont pas la chance d’aller au cinéma avec leurs parents, d’où la nécessité de venir avec leur école. En plus, c’est l’occasion pour elles·eux de profiter d’un film entouré·es de leurs ami·es !

Vitrine de Diaporama créé pour les séances École et cinéma du film Ma vie de Courgette. la librairie La Courte Échelle.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans les échanges avec les enfants ?

S.J. : Quand je présente les séances Cinékids du dimanche matin, j’échange avec les enfants sur leurs ressentis. Pour certain·es, c’est la toute première sortie au cinéma, je leur demande s’ils·elles sont bien installé·es, ainsi que leurs doudous… Souvent, je leur raconte une petite histoire ou une blague et, bien sûr, je présente notre mascotte Grou Grou. C’est un moment privilégié de partage qui crée de la complicité et permet aux enfants de vivre en confiance l’expérience du cinéma. C’est important et ça favorise entre autres des paroles très spontanées, comme cet enfant qui m’a dit en sortant de la séance : « Tu sais, Doudou il a été sage ! »

P.G. : J’aime beaucoup l’ouverture d’esprit des enfants, qui ont peu d’a priori sur les films qu’ils·elles viennent découvrir. Qu’ils·elles assistent à un film en noir et blanc des années 20, à un documentaire ou à un programme de courts métrages, ils·elles sont souvent ravi·es du moment passé au cinéma. La salle est avant tout un lieu d’expérience pour les enfants, la séance les sort de leur zone de confort et de leurs habitudes cinématographiques.
Les collégien·nes et lycéen·nes, qui ont un esprit critique plus acéré, peuvent être plus difficiles à convaincre sur certaines oeuvres. Mais, quand ils·elles applaudissent à la fin d’un film qu’ils·elles n’auraient jamais regardé à la maison, c’est très motivant de savoir qu’on leur ouvre de nouveaux horizons. Dans ces cas-là, je considère que notre mission est réussie !

QUATRE LIEUX POUR UN CINÉMA
Le cinéma Arvor était à l’origine un mono-écran de « quartier », situé dans le quartier Saint-Hélier. Grâce à une programmation à la fois exigeante et accueillante, la salle obtient dès 1976 son premier classement Art et Essai. C’est également le premier cinéma en France à créer un tarif spécifique pour remercier et fidéliser les spectateur·trices assidu·es. L’Arvor prend ensuite ses quartiers durant près de 40 ans rue d’Antrain et arbore une façade iconique rendant hommage aux temples hollywoodiens des années 30 et 40. Installé depuis 2021 sur le parvis de la gare, le cinéma offre désormais cinq salles au public.

Retrouvez Grou Grou et toute l’équipe sur: www.cinema-arvor.fr

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